Ouvrage
> Le mouvement des intermittents du spectacle (2003-2006), à paraitre en 2011.
Direction d’ouvrages et de numéros de revue
> collectif, Le genre dans tous ses états, Presses Universitaires de Nancy, coll. Sociologie (à paraître début 2011).
> collectif, « Les usages de la critique. Institutions. Politiques. Médias. Epistémologies » in Les cahiers du Portique, coll. Recherches, n°5, 2009.
Revues
> « Quand les intermittents du spectacle réinterprètent le répertoire de l’action syndicale », in Baptiste Giraud (ed.), « Les métamorphoses de la grève », Problèmes politiques et sociaux, n°969, février 2010, p. 95-97.
> “The mobilization of contract workers in the entertainment sector in France”, French Politics, vol. 7, 2009, p. 294-315.
> « Le mouvement des intermittents du spectacle entre précarité démobilisatrice et précaires mobilisateurs », Sociétés contemporaines, n°65, 2007, pp. 27-54. (« La précarité mobilisée », numéro coordonné par Magali Boumaza et Emmanuel Pierru).
> « Insatisfactions, revendications et justifications. La cause des intermittents du spectacle », Regards sociologiques, n°33-34, 2007, pp. 203-216.
> « La fin et les moyens. Retour sur le mouvement des intermittents du spectacle », Le Portique, n°3, 2005, pp. 95-114.
Contributions à des ouvrages collectifs
> « Quand la qualité de l’emploi gâche le plaisir du don au travail. Regard sur les évolutions de l’emploi culturel », in Jacquot L. (dir.), Travail et Dons, Presses universitaires de Nancy (à paraitre au premier semestre 2011)
> Avec Emmanuel Pierru, « Le genre dans les études du politique » (titre non définitif) in Le genre dans tous ses états, Presses Universitaires de Nancy, coll. Sociologie (à paraître début 2011).
> « Usages de la critique : objet de recherche et posture de chercheur » (avec Sinigaglia-Amadio S.), introduction au dossier « Les usages de la critique. Institutions. Politiques. Médias. Epistémologies » in Les cahiers du Portique, coll. Recherches, p. 11-32, à paraître fin 2008.
> « Un répertoire d'action composite : la mobilisation des intermittents du spectacle entre traditions syndicales, nébuleuse contestataire et spécificité artistique », in Cadiou S., Dechezelles S., Roger A. (dir.), Passer à l’action : les mobilisations émergentes, Paris, L’Harmattan, coll. « Logiques politiques », 2007, p. 225-248.
Comptes-rendus de lecture
> « Politique(s) du conflit. De la grève à la révolution de Charles Tilly et Sidney Tarrow », Revue française de sociologie (à paraître en 2011).
> « L’accès à la vie d’artiste. Sélection et consécration artistiques de Gérard Mauger (dir.) », Genèses. Sciences sociales et histoire, n°71, juin 2008.
> « Militer aujourd’hui de Jacques Ion, Spyros Franguiadakis, Pascal Viot », Questions de communication, n°9, 1er semestre 2006.
> « Comment lutter ? Sociologie et mouvements sociaux de Lilian Mathieu », Questions de communication, n°7, 1er semestre 2005.
> « Les (dé-/re-)territorialisations de la lutte : occupations de l'espace et travail de la signification dans le mouvement des intermittents du spectacle (2003-2006), Colloque international pluridisciplinaire « Espaces de vie, espaces-enjeux. Entre investissements ordinaires et mobilisations politiques », Université Rennes 2 et IEP de Rennes, 5 et 7 novembre 2008.
> « Intermittents, artistes ou précaires ? Formes d’identification et registres de mobilisation collective dans le conflit des intermittents », Journée d'étude doctorale « Des intermittents aux spectacles. Ressources, emploi, conflit et production dans les secteurs du spectacle », Paris, EHESS, Université Paris-Ouest La Défense, 10 septembre 2008.
> « “Les premiers concernés sont les premiers experts” ? Retour sur la construction de la figure d'usagers experts dans le mouvement des intermittents du spectacle », Colloque international " L'expertise comme objet flou : déplacements d'objets et nouvelles perspectives de recherches dans les sciences du politique ", CRAPE / UMR CNRS 6051, IEP Rennes, 12 et 13 mars 2008.
> « MAYDAY ! La difficile européanisation des luttes de précaires », Colloque international « L’action collective et l’exclusion sociale en Europe / Collective Action and Social Exclusion in Europe », École Normale Supérieure de Lyon (ENS-SLH), 11 et 12 janvier 2008.
> « Le mouvement des intermittents du spectacle entre précarité démobilisatrice et précaires mobilisateurs », Colloque « Sans droits, sans travail, sans logement, sans papiers : des précaires en mouvement », IEP Strasbourg, 19 et 20 janvier 2006.
> « Mobiliser des matériaux iconographiques et électroniques : quelle portée heuristique pour quels obstacles épistémologiques ? », Université d’été « Méthodologie », Metz, 22 au 25 août 2005.
> « Le répertoire d’action des intermittents du spectacle : Entre traditions syndicales, nébuleuses contestataires et spécificité artistique. », Journées d’études « Les mobilisations émergentes », IEP Bordeaux, 2-3 décembre 2004.
> « Etude d’un dispositif : les Contrats Locaux de Sécurité » (avec Amadio S., Sipp J-F., Stupka Ch.,), Colloque “Dispositifs et Expertise Locale : entre imposition et réflexivité”, Université de Metz, 21 novembre 2002.
> « Opposition Travail/hors travail : quelle pertinence ? » (avec Amadio S.), Colloque “Le travail et les hommes”, CTHS Nancy, 15-20 avril 2002.
Paru dans Genèse. Sciences sociales et histoire n°71, juin 2008.
Gérard MAUGER (dir.), L’accès à la vie d’artiste. Sélection et consécration artistiques.
Paris, Editions du croquant, 2006.
Dans le prolongement du séminaire qu’il a animé à l’EHESS entre 2000 et 2002, Gérard Mauger (sociologue, directeur de recherche au CNRS, directeur adjoint du Centre de Sociologie Européenne) réunit ici sept contributions centrées sur la question de l’accès à la vie d’artiste et plus spécifiquement sur les modalités d’entrée, de durabilité et de consécration dans le champ des arts du spectacle[1].
L’une des particularités de l’ouvrage est l’unicité du cadre théorique mobilisé par l’ensemble des contributeurs, à savoir celui de « la théorie des champs » de Pierre Bourdieu. Les auteurs abordent tous la question du « droit d’entrée » dans ce champ des arts du spectacle, que ce soit en examinant ses marges (entre amateurs et professionnels), en interrogeant le rôle des agents qui en bloquent ou au contraire en facilitent l’accès (gatekeepers et passeurs), en repérant les ressources que doivent posséder les postulants ou en analysant son degré d’autonomie par rapport à d’autres champs (économique par exemple).
L’ouvrage se compose de deux parties intitulées « Les danseurs, comédiens, cinéastes » et « Les musiciens »[2] .
Dans la première partie, Pierre-Emmanuel Sorignet nous fait suivre le parcours de danseurs désirant intégrer une compagnie de danse contemporaine. Il décrit les interactions entre les concurrents, les critères qui organisent la sélection et la manière dont les candidats intériorisent les normes des recruteurs. La contribution de Serge Katz prend la même entrée, celle des critères qui président à la distribution des places, mais nous fait vivre à travers de jeunes comédiens l’épreuve du casting. Là encore, les candidats doivent apprendre à jouer avec les attentes des recruteurs pour se présenter sous leur meilleur jour. Vanessa Pinto analyse ensuite la manière dont deux comédiens d’origine populaire – incarnant le duo comique « Dino et Shirley » - ont converti avec succès leurs stigmates en emblèmes, se faisant du même coup une place de choix dans le champ théâtral. L’étude d’Audrey Mariette clôt la partie en présentant le rôle de la critique de presse écrite dans la construction sociale de la réputation d’un film et de son auteur. Elle montre comment Ressources humaines de Laurent Cantet a atteint la consécration, en distinguant ce qui revient aux propriétés mêmes du film, à la trajectoire biographique de son auteur et aux catégories de jugement mises en œuvre par les critiques.
Dans la seconde partie, Hyacinte Ravet revient sur la difficile incursion des femmes dans la carrière de musicienne en orchestre symphonique. Insistant sur la dimension sexuée des capitaux artistiques, l’un des intérêts de son analyse réside dans la présentation des critères de discrimination (reproduisant comme ailleurs l’argument des « capacités physiques lacunaires », p. 165) et dans la description des stratégies de dissimulation de l’identité sexuelle mises en œuvre par les candidates (comme mettre de « gros godillots » et marcher d’un « pas pesant » lors des auditions à l’aveugle afin d’avoir une démarche d’homme). Denis Ferey dément ensuite l’idée selon laquelle l’entrée dans la carrière de musicien punk serait plus libre et plus aisée que dans les autres champs artistiques. Bien que les exigences techniques y soient effectivement moins élevées qu’ailleurs (il est même conseillé pour être admis par les pairs d’être un mauvais musicien), l’accès au champ est soumis à d’autres critères qui peuvent se révéler tout aussi sélectifs : avoir le bon look, le bon langage, la bonne attitude, être un fan incollable et surtout posséder un stigmate bien visible. Enfin, Morgan Jouvenet s’attache à la description de l’« entrée en rap ». Les rappeurs doivent ainsi apprendre à gérer leur carrière entre les contraintes du champ économique (respecter l’imagerie du rap qui fait vendre) et les exigences artistiques d’authenticité.
Gérard Mauger conclut l’ouvrage sur un récapitulatif de quelques propriétés du « capital spécifique » artistique : authenticité (pouvant aller jusqu’à la valorisation de stigmates), formation (scolaire et sur le tas), capital social, entretien de l’illusio de la vie d’artiste… Ce capital, qui ne confère du pouvoir aux agents que s’il est effectivement perçu comme tel, a également la particularité d’être sexué, ce qui signifie que les exigences diffèrent selon le sexe des prétendants.
Deux éléments recoupent encore l’ensemble des contributions : le corps et le jugement des pairs. Le corps est enjeu constant. Il s’agit parfois de le mettre en valeur et de le travailler comme un atout. C’est le cas des comédiens et des danseurs, les seconds devant allier à la beauté la force et la maîtrise. Il s’agit aussi de l’utiliser pour afficher des codes ou pour garantir une authenticité, que ce soit par l’attitude, la posture, l’habillement ou par l’utilisation de ses stigmates (pour le punk ou le rap par exemple). Le jugement des pairs est également central. De manière très organisée (par le rite de l’audition) ou sur le mode d’une cooptation implicite, il est toujours un moment fondateur de l’entrée des nouveaux postulants.
L’ouvrage tient donc ses promesses, les contributions mises bout à bout donnent à voir un tableau relativement complet des modes d’entrée dans la vie d’artiste. La seule question qui aurait méritée d’être davantage traitée, bien qu’elle ne se pose pas pour tous de la même manière, est celle de l’emploi. En effet, en plus de marquer d’une certaine manière le passage de l’amateurisme au professionnalisme, l’emploi (et plus encore l’accès au « statut » pour les intermittents du spectacle) est l’une des dimensions à la fois pratique et symbolique de l’appartenance au champ artistique.
Enfin, même si cet ouvrage n’apporte pas de réelle nouveauté d’un point de vue théorique (chaque cas fonctionnant en quelque sorte comme une illustration du modèle des champs), la grande qualité des descriptions ethnographiques en fait un outil indispensable pour qui s’intéresse au champ artistique tout en donnant au lecteur « l’impression d’y être ».
[1] Une autre publication est consacrée aux arts plastiques et architecturaux, voir Mauger, Gérard (dir.), 2006. Droits d’entrée. Modalités et conditions d’accès aux univers artistiques. Paris, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme.
[2] On regrettera que ce choix ne soit pas commenté, dans le sens où il ne correspond pas aux découpages classiques par genre (on aurait pu alors imaginer une partition musique/danse et comédiens/cinéastes) ou par catégories de spectacle (vivant/enregistré). Il aurait été intéressant de connaître les raisons du regroupement de ces contributions.
Jérémy Sinigaglia
jsinigaglia@gmail.com
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